Picnic at Hanging Rock – Joan Lindsay
Vintage, 1998 (première édition : 1967), 189 pages
(existe en VF au Livre de poche)


Voilà un livre mystérieux du début à la fin. En effet, dès le départ, l’autrice indique au lecteur que c’est à lui de décider si ce livre relève du fait ou de la fiction (à noter qu’il est généralement considéré comme étant une fiction). Quant à la fin, elle nous laisse avec une énigme non résolue, bien que j’aie mon avis sur la question, un avis basé sur le bon sens, tout simplement.
En débutant ma lecture, je craignais d’être frustrée par cet inachèvement et, si ce ne fut pas le cas, c’est vraisemblablement grâce au talent de Joan Lindsay. Cette dernière sait créer une ambiance prenante de la première à la dernière page, faisant passer ce qui devrait être le cœur du roman quasiment au second plan ; le mystère plane, mais la vie continue et chaque personnage est vraiment intéressant.

Mais venons-en à l’histoire. Le 14 février 1900, un groupe de jeunes filles du huppé Appleyard College part pique-niquer à Hanging Rock sous le patronage de deux professeurs : Mademoiselle de Poitier et Miss McCraw. Or tout le monde ne reviendra pas de cette expédition. Concrètement, l’histoire commence et s’arrête là. Evidemment, des recherches seront lancées et des événements plus ou moins énigmatiques surviendront mais, en vérité, l’histoire s’en tient aux faits.

En revanche, le livre est tout atmosphère. On ressent les tensions entre divers personnages ; les caractères de chacun sont bien dessinés au point que l’on peut se les représenter sans problème, voire même en garder une image forte. De nombreuses personnes sont présentées et jouent un rôle plus ou moins important ; toutes laissent une trace car cette disparition marque évidemment l’établissement et chacun est amené à reconsidérer sa situation.

En outre, le paysage joue un rôle majeur dans cette ambiance étouffante. Le lieu du drame est un site visiblement remarquable, fait de pierres volcaniques, très accidenté et passablement instable. Le site est décrit de façon majestueuse, imposante ; il porte presque en lui une menace et l’autrice nous le fait comprendre par petites touches. J’ai vraiment apprécié son talent de narratrice, cela à tous points de vue.
S’il est difficile d’évoquer ce livre, je sais qu’il restera ancré dans ma mémoire.

oOo

P.S. : un ultime chapitre résolvant l’énigme aurait été supprimé. Un article de Wikipedia en retrace les grandes lignes. Si cela correspond à l’option qu’avait choisie Lindsay, je dois dire que je reste perplexe, mais comprends mieux le classement de l’adaptation ciné en SF ! Je me suis renseignée sur cette solution par pure curiosité car, à mon sens, l’intérêt du livre ne réside pas dans ces disparitions.

P.P.S. : Peter Weir a adapté ce livre à l’écran (1975) et le film existe en DVD. Cependant, il ne vaut vraiment pas le livre. Les scènes les plus marquantes sont « bâclées » et l’atmosphère pesante du roman est supposée être compensée par un fond sonore des plus irritants qui couvre parfois les propos des personnages (le sous-titrage est dans ce cas vivement conseillé). En outre, du fait des nombreuses coupures, le film oblitère la place accordée par le roman à tous les personnages secondaires qui sont essentiels à l’histoire sur le fond comme sur la forme (sans compter qu’il me semble difficile d’en situer certains quand on n’a pas lu le livre). Enfin, sauf mémoire très défaillante de ma part, sachant que j’ai vu le film quelques heures seulement après avoir fini le livre, certains faits ont été modifiés. Je ne saurais dire si une personne n’ayant pas lu le livre appréciera néanmoins le film.

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