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Living, Thinking, Looking – Siri Hustvedt

Living, Thinking, Looking – Siri Hustvedt
Sceptre / Hodder & Stoughton, 2012, 384 pages
(Vivre, Penser, Regarder en français - Actes Sud, 2013)


Ce recueil regroupe 32 essais écrits entre 2006 et 2011. Ces textes ont en commun de s’intéresser à la condition humaine, à ce que signifie être humain d’un point de vue philosophique, psychologique, physiologique, et autres disciplines relevant des humanités et des sciences. Ce qui est gênant, étant donné ma propre éthique, c’est que pour étayer son propos, Hustvedt s’appuie notamment sur des comptes rendus d’expériences menées sur des animaux.

Les essais sont précédés d’une note de l’auteur. SH nous donne sa vision de l’essai, texte non pas détaché, utilisant une narration à la troisième personne et donc supposément objectif, mais bien un texte partant de l’expérience de l’auteur qui s’implique dans ses propos et n’hésite pas à utiliser le « je ». SH refuse l’académisme qui permet à l’auteur de se cacher derrière son texte et qui créé, de fait, une distance avec son lecteur. On écrit pour être lu, alors autant s’adresser à son lecteur de personne à personne.
Il n’est pas impossible que cette « note » soit le texte qui m’ait le plus intéressé dans l’ouvrage, non parce que le reste est mauvais, mais parce que j’ai vraiment ressenti, à cette occasion, un dialogue avec l’auteur, un pacte entre elle et moi.

Les trois parties dans lesquelles sont regroupés les essais m’ont diversement intéressée.
La première, « Vivre », est celle qui m’a le plus plu. SH se réfère essentiellement à des expériences de (sa) vie, narre des événements du quotidien, se réfère à des sentiments et perceptions que nous partageons tous. Elle évoque des anecdotes personnelles, sa mère, son père, ses sœurs, son mari, leur fille, le chien. A partir de ce quotidien, SH élabore une réflexion généralement riche ; elle nous pousse à nous questionner.

La seconde partie, « Penser », m’a, en revanche paru bien longue car l’auteur se réfère très souvent aux neurosciences, à la psychanalyse et autres choses barbares à mes yeux de non-scientifique. En outre, on a parfois le sentiment que certains textes tournent en rond, dans le sens où l’auteur énonce en quelques phrases les éléments clefs de son sujet puis « brode » autour pendant une vingtaine de pages sans rien apporter de neuf au point de départ. Cependant, j’ai particulièrement aimé l’essai intitulé ‘Excursions to the Islands of the Happy Few’ dans lequel l’auteur stigmatise, d’une part la tendance à se spécialiser à outrance dans un domaine hyper-pointu et, d’autre part l’incapacité qui en découle, à savoir la non-communication entre spécialistes, chacun étant enfermé dans son domaine et, surtout, ne s’intéressant pas aux autres. Au-delà de l’aspect étriqué de cette façon de penser, SH souligne la perte que cela engendre pour chaque discipline puisque la confrontation entre les travaux de plusieurs branches d’études, parfois fort éloignées, est source d’enrichissement. L’Homme est un être complexe et, si l’on ne s’en tient qu’à sa spécialité, on ne peut comprendre l’être humain que de façon fragmentée. Elle-même fait la démonstration, dans ses essais, de l’intérêt de s’appuyer sur plusieurs disciplines pour tenter d’expliquer un phénomène. Elle est curieuse de tout, lit beaucoup sur tout et, au fil des années, a acquis une culture générale dans une foule de domaines dont elle peut parler avec suffisamment d’aplomb sans pour autant être une spécialiste d’aucun d’entre eux.
Cela ne l’empêche pas de livrer quelques textes où les lieux communs sont légion ; celui sur la lecture (‘On Reading’) est fort décevant ; tout grand lecteur ayant pris un minimum de recul sur sa pratique aurait pu l’écrire.

Enfin, la troisième partie, « Regarder », m’a un peu lassée car l’auteur reprend beaucoup de thèmes déjà explorés par ailleurs ; les essais étant indépendants à l’origine, il est naturel que Hustvedt utilise les mêmes idées d’un texte à l’autre mais, pour le lecteur de cet ouvrage en particulier, la redite est parfois pénible.
Tout comme elle l’a fait dans la seconde partie, SH revient sur l’importance de l’imagination et des émotions dans le processus de création (et sur la nécessité de créer), mais aussi sur la communication entre les êtres et entre un être et une œuvre.

Tous ces essais sont orientés vers la réflexivité ; l’auteur joue avec les notions de ‘I’, ‘self’’, ‘for itself/für sich’ et nous parle, tout simplement, de la condition humaine, de cet être qui vit, pense et regarde mais dont une partie échappe inévitablement à toute tentative d’analyse.

Pour public motivé.