Le songe de Goya - Aurore Guitry


Le songe de Goya  - Aurore Guitry
Le songe de Goya  - Aurore Guitry
Belfond, 2019, 160 pages


Décembre 1792. Goya, peintre du roi, se réveille aux Mallos, village perdu dans l’Aragon où il n’y a plus que Rosario la gardienne, Loca sa chatte et, la nuit, les morts qui dansent.
Goya veut partir au plus vite et rejoindre la cour. Mais Goya est malade et ne peut quitter le lit.


Si Goya m’est évidemment connu de nom, je situe mal sa peinture si ce n’est dans la vaste catégorie « pas mon genre ». Bien qu’un peu handicapée, j’ai choisi de ne pas aller voir ses tableaux avant la fin de ma lecture. Goya eut plusieurs périodes dans sa carrière et il semble que l’une d’entre elles se soit ouverte après sa maladie, moins lisse, plus fantasmagorique.
C’est cette piste qu’explore ici Aurore Guitry.

Si l’écriture n’a rien d’extraordinaire, la mise en scène est assez spectaculaire, paradoxalement pleine de vie. Goya, dans le délire de la fièvre, va vivre des cauchemars qu’il transformera ensuite en tableaux, des tableaux hantés par ses visions monstrueuses, Les caprices.

L’univers onirique recréé est déconcertant comme il se doit, sans que la lecture en soit pénible pour autant, au contraire. Il y a une fluidité dans le texte qui retranscrit aussi bien l’onirisme que le délire fiévreux du peintre et qui donne une certaine ampleur à un univers autrement étouffant.

Une découverte intéressante.


Ce livre m'a été transmis par l'éditeur.

Les femmes et le pouvoir - Mary Beard


Les femmes et le pouvoir : un manifeste  - Mary Beard
Les femmes et le pouvoir : un manifeste  - Mary Beard
 (Women & Power. A manifesto, 2017)
Éditions Perrin, 2018, 125 pages
Traduction de Simon Duran


Ce livre rassemble deux conférences données par la spécialiste de l’antiquité. Il évoque d’abord « la voix publique des femmes », puis « les femmes et le pouvoir » dans le cadre occidental. L’autrice montre que dès l’antiquité, les femmes ont été soigneusement tenues à l’écart des cercles du pouvoir à tous les niveaux, y compris celui consistant à faire entendre sa voix hors des murs du foyer. Les arguments des hommes sont divers mais toujours marqués par la mauvaise foi car, fondamentalement, l’objectif est de conserver le pouvoir, de rester entre soi. Les mythes punissent les femmes qui ont simplement voulu l’ouvrir ; la leçon est restée.

Mais Mary Beard n’en reste pas aux constats. Elle relève avec pertinence que la façon dont on traite aujourd’hui l’égalité femmes-hommes ne s’attaque pas aux véritables sujets. Les problèmes de gardes d’enfants, d’horaires de travail favorables à la vie familiale, par exemple, ne sont que l’écume (sans compter que ces sujets ne devraient pas être perçus comme « intéressants les femmes », sous-entendu, spécifiquement). Mary Beard souligne que c’est toute une façon de penser qui est biaisée et donc à revoir.


« La question n’est pas seulement de savoir comment [la femme] pourrait arriver à faire entendre sa voix, mais plutôt comment nous pouvons apprendre à être plus conscients des procédés et des préjugés qui font que nous ne l’écoutons pas. »


A l’aide de plusieurs exemples, l’autrice relève qu’une femme qui veut se faire entendre aura tendance à adopter un comportement masculin : rendre sa voix plus grave, porter des pantalons (de façon étudiée s’entend ici), avoir une attitude supposée moins féminine (« …mon hypothèse de base est que le modèle mental et culturel sur le fond duquel le pouvoir d’un individu nous apparaît demeure résolument masculin. »)
Or rien n’indique que ce soit la meilleure des stratégies (même s’il ne s’agit pas de jeter la pierre à celles qui y ont recours). Car les femmes essaient (pour ne pas dire « se fatiguent ») de s’adapter à une structure de société et du pouvoir, qui a été bâtie sur des codes masculins. Et Beard de conclure : « c’est la structure qu’il faut changer. »

Sur un aspect plus sociétal, l’autrice évoque l’acharnement subi par les femmes qui osent parler, notamment sur les réseaux sociaux, et le fait qu’on ne leur accorde pas le droit de se tromper quand un homme peut dire à peu près n’importe quoi sans se faire reprendre ou en bénéficiant d’excuses atténuant ses errements.


On regrettera que ce livre soit bien trop bref car il est porteur de pistes de réflexion prometteuses, en particulier sur la façon de repenser la société et donc la place des femmes.

How We Survived Communism and Even Laughed - Slavenka Drakulić


How We Survived Communism and Even Laughed  - Slavenka Drakulić
Harper Perennial, 1993, 200 pages


Ce recueil de textes revient sur la vie sous le communisme en Europe, en particulier du point de vue des femmes. En effet, la journaliste démontre combien ce système politique a pesé sur les femmes en prônant un égalitarisme pris au pied de la lettre et en redéfinissant l’utile du superflu, notamment dans sa politique de production de biens (les machines à laver ? Un luxe de bourgeois décidèrent des hommes).


L’autrice s’appuie sur des expériences triviales, piochées dans le quotidien de femmes ordinaires (et elle se compte parmi elles). Se loger, se nourrir, s’habiller, tout était compliqué et plus particulièrement pour les femmes (les protections hygiéniques ? Un luxe). La journaliste montre combien, au fil de l’eau, cette vie difficile vous mine profondément et influence votre façon de penser. Et c’est là où ces textes tirent leur autre intérêt : l’impact mental du communisme, y compris à long terme puisque toute personne s’intéressant au sujet sait combien les populations qui ont connu ces régimes en restent aujourd’hui très affectées dans leur façon d’appréhender le monde. On en a beaucoup parlé suite à  la réunification de l’Allemagne, de la persistance d’un mur invisible ; Drakulić évoque quant à elle toute l’Europe de l’Est pour qui le Rideau de fer n’est pas tout à fait tombé, au moins dans les têtes.
Le ton est direct et l’autrice n’hésite pas à ironiser sur les personnes n’ayant jamais expérimenté le communisme, qui plus est au quotidien, mais ayant – forcément – un avis sur le sujet, en particulier pour en minimiser les inconvénients.

C’est passionnant et instructif, vivifiant aussi, tant l’engagement de Slavenka Drakulić est intense. Au-delà du communisme, on trouvera un texte sur l’annonce de la guerre en Croatie qui retrace notamment les premières réactions de l’autrice ; l’épilogue est également focalisé sur la guerre qui était encore en cours à l’époque.
Ces textes donnent envie de continuer à explorer l’œuvre de Drakulić et je ne peux que vous inciter à vous pencher dessus.