Les Glorieuses - Rebecca Amsellem


Les Glorieuses : chroniques féministe  - Rebecca Amsellem
Les Glorieuses  - Rebecca Amsellem / Clémentine du Pontavice (ill.)
Hoëbeke, 2018, 190 pages


Comme l’indique le sous-titre, ce livre rassemble des chroniques d’une féministe qui mêlent expériences personnelles, expériences d’activiste, hommages aux féministes historiques et réflexions. La variété d’approche est intéressante et ne brouille pas le propos pour autant.

Il ne faut pas aborder cet ouvrage dans l’idée d’apprendre quoi que ce soit sur le féminisme (sauf à être une très jeune fille « ignorante » - ce n’est pas une tare – des éléments et figures clefs de cette lutte).
On y retrouve l’état d’esprit de la newsletter Les Glorieuses : des messages forts sur l’(in)égalité quotidienne, concrète ; une approche intersectionnelle non ambiguë ; sororité, combativité, bienveillance.

Particulièrement appréciable aussi, la prise de hauteur qui fait dire à l’autrice (comme à Virginie Despentes dans King Kong Théorie ou encore Mary Beard dans Les femmes et le pouvoir) qu’il faut absolument déconstruire nos schémas mentaux quant à la représentation des sexes et que tous ont à y gagner.
 On oublie parfois que tous les hommes ne sont pas à l’aise avec l’idée de virilité (qui impose par exemple de ne pas pleurer ou plus largement de ne pas montrer ses sentiments, de rire aux blagues graveleuses, etc.), des hommes qui ne sont pas pour autant « efféminés ». Ce sont nos définitions du féminin et du masculin qui doivent être revues tant elles sont sans fondement sérieux (j’entends scientifique, raisonnable).

Enfin, Rebecca Amsellem rappelle la diversité des féminismes et refuse les définitions figées qui décident si vous êtes une bonne féministe (cf Roxane Gay).

Au global, un ouvrage agréable à lire qui offre une bonne synthèse de synthèse et qui donne envie que l’autrice récidive avec un livre plus approfondi et dense. En attendant, il reste les newsletters hebdomadaires des Glorieuses auquel je vous invite à vous abonner si ce n’est déjà fait.

Le roman du piano - Dieter Hildebrandt


Le roman du piano  - Dieter Hildebrandt
Le roman du piano  - Dieter Hildebrandt
 (Pianoforte. Der Roman des Klaviers im 19. Jahrhundert, 1985
Piano, piano ! Der Roman des Klaviers im 20. Jahrhundert, 2000)
Actes Sud, 2003, 607 pages
Traduction de Brigitte Hébert


Si ce livre porte le titre de « roman », c’est bien un récit, celui du piano au XIXème et au XXème. Instrument associé à la bourgeoisie encore aujourd’hui mais aussi à la musique classique, le piano a une histoire plus mouvementée qu’il n’y paraît.

Dieter Hildebrandt s’attache ici aussi bien à l’instrument qu’aux compositeurs et musiciens. S’il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste, le lecteur sans culture musicale sera parfois perdu. En tout état de cause, il faut déjà aimer cet instrument pour se passionner pour cet ouvrage.

Le livre a les défauts de ses qualités : foisonnant, il part dans de nombreuses directions et on ne perçoit pas toujours le fil conducteur ou du moins la logique de l’enchaînement de certains chapitres. Peu importe finalement car chaque partie nous apprend quelque chose à travers de nombreuses anecdotes faciles à lire.

Si le XIXème est le règne de la musique dite classique, le XXème est notamment l’époque du jazz puis de la musique plus expérimentale notamment autour de John Cage et de la musique sérielle.
L’auteur sait nous montrer combien l’impression que la musique classique est un ensemble plus ou moins uniforme ou peu différencié est fausse, quelles étaient les « spécialités » des uns et des autres, quels étaient les courants. Il évoque également les limites techniques de l’instrument et les tentatives pour les dépasser.

Le style est agréable, le ton simple avec une réelle volonté d’accessibilité. C’est un livre intéressant qui mérite le détour.

Mont-Oriol - Guy de Maupassant


Mont-Oriol  - Guy de Maupassant
Mont-Oriol  - Guy de Maupassant
Domaine public, 1887, env. 280 pages


En Auvergne, dans la petite station thermale d'Enval, la découverte d'une nouvelle source suscite toutes les convoitises : des paysans roublards, un banquier spéculateur et des médecins charlatans sont les héros de ce roman d’une troublante modernité.

On revient toujours à Maupassant ; je reviens toujours à ce roman en particulier (c’était ma troisième lecture). C’est que l’écrivain a une capacité à donner vie à des personnages archétypaux et à nous entraîner dans une série d’aventures passionnantes.

Dans une première partie, Maupassant présente sa galerie de personnages, ainsi que le fonctionnement de la station thermale, égratignant au passage les médecins peu scrupuleux. Il met également en scène Andermatt le banquier et les Oriol, famille de paysans sur les terres desquels la nouvelle source est découverte. En parallèle, une histoire sentimentale se développe entre Christiane, femme d’Andermatt et Paul Brétigny, un ami du mari.
On assiste à la fourberie des uns, à la méfiance des autres mais c’est aussi la confrontation de deux univers : les parisiens contre les auvergnats. C’est aussi l’occasion d’évoquer le business que représentent ces villes d’eaux, les méthodes utilisées pour attirer médecins et patients.

Dans la seconde partie, un an plus tard, nous assistons à la naissance de la nouvelle ville d’eaux qui se développe au détriment de l’activité historique. Entre capitalisme et mariages arrangés, l’intrigue se poursuit tambour battant.
Le style de Maupassant, concret et direct, est tout à fait adapté au fond ; son sens de la narration donne du piquant à l’histoire.

Un moment de lecture magistral et vivifiant qui m’a donné envie de relire Fort comme la mort.