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Une constellation de phénomènes vitaux – Anthony Marra

Une constellation de phénomènes vitaux – Anthony Marra
Une constellation de phénomènes vitaux – Anthony Marra
(A Constellation of Vital Phenomena, 2013)
Livre de poche, 2015, 550 pages
Traduction de Dominique Defert


En 2004, dans un village de Tchétchénie, Havaa, huit ans, cachée dans les bois, voit des soldats russes emmener son père et brûler leur maison. Akhmed, voisin et ami de la famille, observe lui aussi la scène. Il décide de mettre Havaa à l’abri dans un hôpital abandonné où il ne reste qu’une chirurgienne russe au bout du rouleau, Sonja.


Le récit va et vient sur une frise chronologique entre 1994 et 2004, englobant ainsi les deux guerres de Tchétchénie. On apprend par bribes l’histoire de chaque personnage.
Havaa est désormais orpheline ; la femme d’Akhmed est alitée depuis la première guerre ; Sonja espère retrouver sa sœur Natasha. Kassan édite inlassablement son histoire de la Tchétchénie mais n’adresse plus la parole à son fils Ramzan depuis que ce dernier est devenu l’informateur des Russes.


Le récit éclaté recréé le chaos de ces vies dont les cours ont été bouleversés par la guerre. On s’y retrouve toujours mais il faut savoir passer de l’un à l’autre, d’une époque à une autre et c’est parfois un peu usant. Par ailleurs, il est difficile de s’attacher aux personnages, de se préoccuper réellement de leurs destins : non seulement on a le sentiment que tout a été écrit d’avance mais, en prime, ces gens n’arrivent pas à prendre une dimension multiple, à occuper pleinement l’espace de la narration, comme des figurants peu convaincus et peu convaincants.


Globalement, l’histoire est terne et plombante. On n’espère rien de positif : c’est sans espoir pour ces gens-là. Sur 550 pages, l’auteur nous livre essentiellement un récit de l’horreur de la guerre, de la perte. Qu’elle se déroule en Tchétchénie ou ailleurs, la guerre a toujours le même visage.
Pourtant, la conclusion est belle et surtout satisfaisante alors qu’on pouvait craindre un finale abrupt. Des fils se rejoignent, des anecdotes dont on n’espérait pas connaître le fin mot nous livrent leurs secrets. Il y a une sorte d’apaisement qui est offert aussi bien aux personnages qu’au lecteur.


La vie est une constellation de phénomènes vitaux et Anthony Marra en donne une approche intéressante même si la lecture est parfois aride.


Ce livre a été lu dans le cadre du jury des lecteurs du Livre de poche.