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Coups du sort – William Trevor

10/18, 1999, 288 pages
(Fools of Fortune, 1983)
Traduction de Renée Kérisit


« 1983. Dans le Dorset, la demeure de Woodcombe Park est débordante d’activité. »

Ce roman à trois voix retrace l’histoire d’une famille anglo-irlandaise qui subira les conséquences, sur trois générations, d’un acte barbare perpétré par les terribles Black and Tans, acte ruinant une vie harmonieuse au fin fond de la campagne irlandaise.

Un minimum de connaissances de l’histoire de la guerre d’indépendance irlandaise et de ses personnages clefs permet de comprendre immédiatement ce qui se trame au début du roman puisque Trevor fait intervenir des personnalités ayant réellement existé.


Il est difficile de se détacher du livre, notamment parce qu’il est agréable à lire.

Les personnages principaux, William Quinton et sa cousine Marianne Woodcombe ont tous deux des caractères forts qui, s'ils feront leur malheur, leur permettra également de gagner mon cœur. Ils sont aussi torturés qu'attachants.
Les personnages secondaires ne sont pas à négliger car ils participent à la création d’une ambiance bien spécifique. Le petit monde de Kilneagh a un charme fou, y compris, d’une certaine façon, après la succession de drames qui touchera la famille.
D'une façon générale, les personnages sont le point fort du roman.

D’une plume légère, Trevor esquisse l’enchaînement d’événements à partir du drame initial. Il n’en rajoute pas et se contente de nous montrer comment certains personnages en seront affectés à vie. Pas de misérabilisme, pas de pathos superflu et pourtant tout est dit.

Trevor semble vouloir faire passer le message que protestants et catholiques pouvaient tout à fait cohabiter dans un esprit de tolérance.

Quant à la fin, elle est belle et déchirante si vous aimez les drames. Il y a une volonté d’apaisement de l’auteur qui n’arrive pas pour autant à faire oublier toutes les souffrances endurées précédemment.

A noter que certains passages sont si allusifs que comprendre les non-dits devient une gageure. Dans un contexte de guerre, les gens sont prudents, les propos restent implicites, le secret est de mise et il faut garder l’esprit vif pour saisir ce qui ne sera jamais révélé clairement.


C'est un livre qui vous happe et tous ces destins brisés si « bêtement » nous touchent et nous emportent dans leurs sillages. Je vous recommande ce roman qui fut un coup de cœur.


« Il faudra presque une semaine pour cueillir toutes les mûres, davantage si l’on est interrompu par la pluie. »