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Hurlevent (Wuthering Heights) – Emily Brontë

Hurlevent Wuthering Heights Emily Brontë
Hurlevent (Wuthering Heights) – Emily Brontë
 (Wuthering Heights, 1847)
Folio, 2005 (cette édition), 480 pages*
Traduction de Jacques et Yolande de Lacretelle


« 1801
Je viens de rentrer après une visite faite à mon propriétaire, l’unique voisin qui troublera ma solitude. »


Comment présenter, résumer, décrire, louer, ce livre et ses personnages ? Comment dire combien je m’y retrouve alors que l’univers d’Emily Brontë n’a évidemment rien à voir avec la vie moderne ni avec ma vie ? Cette seconde question peut trouver une réponse facile dans le fait qu’il s’agit d’un classique et que la capacité de tels livres à s’inscrire dans l’immortalité est une de leurs caractéristiques. Néanmoins, comment exprimer et expliquer qu’à vingt-cinq ans d’intervalle mes deux lectures m’aient laissée dans le même état : fascinée, époustouflée, déchirée, le cœur palpitant mais aussi le souffle coupé par tant de virtuosité. Parce qu’au fond, c’est raconté très simplement mais avec une force d’évocation qui fait passer tous les romans d’aujourd’hui pour des bluettes brouillonnes écrites par des collégiens.

Hurlevent porte bien son nom : les sentiments de ses héros reflètent la lande tourmentée et dangereuse mais aussi si séduisante à la belle saison. L’amour et la haine, la vengeance et la rédemption : c’est tout cela Hurlevent et tant encore. C’est une lecture vivifiante, énergisante, « une hache dans la mer gelée en nous », comme dirait Kafka.

Il ne me semble pas utile de tracer les grandes lignes de l’histoire. Elle doit se découvrir peu à peu, même si le début est un peu lent et que l’on a du mal à saisir le rôle de chaque personnage sur le long terme. Une fois dans le bain, il vaut mieux s’apprêter à passer quelques nuits d’insomnie, le livre dans les mains.

Si je n’ai pas de mal à imaginer que Heathcliff n’est pas le héros favori de la majorité des lecteurs, j’ai toujours eu un « faible » pour lui. Sans lui, sans son caractère extrême, le roman n’en resterait pas moins de toute beauté mais il perdrait toute sa force car nombreux sont les personnages falots, du moins à mes yeux. Ce feu qui brûle en lui le détruit et le nourrit à la fois ; il façonne le destin de chacun, sur plusieurs générations. Certes, Emily Brontë ne souhaite pas le voir apparaître comme un modèle mais sa création lui échappe ; si Heathcliff n’est pas un modèle, il n’en est pas moins la pierre de touche du roman, celui qui porte l’ensemble sur ses épaules. La force de son amour et de sa haine ne peut laisser indifférent. Et Emily Brontë, toujours dans cette idée de convenance, car il ne s’agit pas de choquer en bousculant les valeurs établies, confronte Heathcliff à son destin : que va-t-il faire des fruits de sa vengeance ?
Les dialogues entre Heathcliff et Nelly sont également une manière de se faire rencontrer celui qui a choisi le vice d’une certaine façon et celle qui se conforme à la bible et tente de le sauver selon sa vision des choses. Bizarrement, cela ne paraît même pas daté ; est-ce le génie de Brontë qui permet ce tour de force ? Toujours est-il que même si parfois on peut être agacé par cette volonté de bien définir ce qu’est le bien et ce qu’est le mal, on n’en reste pas moins hypnotisé par cette histoire grandiose.


« Je suivais du regard les papillons de nuit qui voltigeaient parmi la bruyère et les campanules, j’écoutais souffler la brise légère sur l’herbe, et je me demandais comment quelqu’un pourrait jamais imaginer qu’un sommeil troublé hantât ceux qui reposaient dans cette terre tranquille. »


* Le total inclut une présentation, une postface et un dossier par Raymond Bellour. Le roman lui-même compte 370 pages en petits caractères.