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Lettre à un jeune artiste – Hermann Hesse

Lettre à un jeune artiste  – Hermann Hesse
 (Brief an einem jungen Kűnstler)
Mille Et Une Nuits, 1994, 47 pages*
Traduction d’Edmond Beaujon
Postface de Lionel Richard


Ce qui marque en premier dans ce texte, c’est sa modernité ou plutôt son intemporalité. D’ailleurs, Hermann Hesse indique lui-même n’avoir rien inventé. Il a puisé ses réflexions dans des idées vieilles comme le monde mais peut-être pas suffisamment appliquées.
Quand Hesse conseille à son jeune correspondant de ne pas renoncer à ce qu’il est en rentrant dans le moule que lui présente la société qui n’a que faire des individualités, il ne peut être plus proche de nous. Se méfier du troupeau et rester concentré sur le chemin qui mène à soi : voilà résumé le propos de l’écrivain.

Comme il l’écrit lui-même, sa lettre est finalement une dissertation en réponse à un jeune homme qui est « hanté par l’idée qu’un sens et une mission ont été assignés à [sa] personne et à [sa] vie et [qui] souffre de n’avoir pas révélé ce sens ni rempli cette tâche. »
Une mission, chacun de nous en à une, dit Hesse. C’est en se tournant vers soi, en interrogeant notre intériorité, que nous la trouverons. Mais, précise-t-il, cela ne signifie pas pour autant, en particulier pour un artiste, de se passer des enseignements relatifs à sa pratique. Nous retrouvons ici les propos de chaque artiste sensé : avant de pouvoir prétendre à une quelconque originalité, faut-il encore maîtriser son art d’un point de vue technique.

En quelques pages, Hesse développe une pensée nourrissante et fait montre d’un sens de la pédagogie d’où est absent tout dogmatisme. Il ne fait qu’écrire des « évidences » selon ses propres mots et pourtant, ces évidences nous les négligeons trop souvent dans ce qu’exige de nous le monde extérieur quand nous devrions accorder plus d’attention à notre monde intérieur.
Ce très beau texte m’a touchée à un point qui est difficile à retranscrire. Je ne peux que le conseiller à toute personne qui s’interroge sur le sens de la vie dans un monde où l’on voudrait nous faire croire qu’il est inutile de réfléchir parce que les rails ont déjà été posés, voire que se démarquer de la masse est signe d’égoïsme, d’égocentrisme.


* le nombre de pages comprend la lettre elle-même, la postface, une courte biographie et une bibliographie d’Hermann Hesse.