Recevoir la newsletter

Hymnes à la Haine – Dorothy Parker

Hymnes à la Haine - Dorothy Parker
Hymnes à la Haine – Dorothy Parker
(Hate Verses)
Phébus, 2002, 102 pages
Traduction de Patrick Reumaux
Préface de Benoîte Groult
(existe en Libretto)


Je hais les Femmes :
Elles me portent sur les nerfs.

Ce recueil est constitué de poèmes écrits à divers moments de la vie de Parker et rassemblés par la suite alors même que l'auteur ne les jugeait pas tous valables. Les poèmes présentés ici ont tous la même structure et ciblent successivement les femmes, les hommes, les actrices, la famille, … et même les livres : « Ils me fatiguent les yeux … ». Chaque sujet en prend pour son grade, de façon à la fois fort juste et piquante mais aussi parfois avec une certaine mauvaise foi qui frise la vacherie. Quand on lit : « Je hais les Raseurs : / Ils tuent ma joie de vivre ! », on a envie de rire en songeant que Parker n’était sûrement pas un modèle de joie de vivre, elle qui tenta de se suicider à plusieurs reprises.
Cet exercice est réjouissant et justifie en partie pourquoi Parker était surnommée the wit (littéralement « l’esprit », dans le sens ou elle était particulièrement spirituelle).


La préface de Benoîte Groult, intitulée « Haïr ce que l’on aime », est très bien faite. Elle dresse un portrait bref mais vivant de cette personnalité incontournable de son époque. Or mon intérêt pour Parker provient, à l’origine, de ce que cette femme inclassable fréquenta les écrivains que Gertrude Stein avait qualifiés de lost generation et parmi lesquels on trouve Fitzgerald mais aussi Hammett, Hemingway, etc. 

Alors même que la poésie traduite est généralement bancale, ce recueil transmet fort bien l'esprit de Parker. Ayant trouvé sur Internet certains des poèmes dans leur version originale, je ne peux nier qu’ils sonnent un peu mieux que leur version traduite mais la nuance est faible et, très honnêtement, la traduction est vraiment réussie.

  
J’ai aimé cette plume caustique, sans état d’âme et résolument moderne. En effet, les failles que pointent Parker sont intemporelles et nul doute qu’elle trouverait largement matière à massacrer le monde actuel dans de courts articles aux phrases acérées. Elle évoque notamment « [les maris] qui sont maîtres chez eux. / L’égalité des sexes est une information / Qui n’est pas encore parvenue à leurs oreilles. / A leurs yeux la femme parfaite / Est celle qui recoud les boutons avant même qu’ils soient décousus. » mais aussi : « les Artistes, … Ils vous énumèrent les couleurs d’un coucher de soleil / Comme s’ils voulaient vous le vendre. »

Et encore : « Il y a les Ecrivains, … Toujours en train d’exhiber les recoins de leur âme / Avec une « franchise brutale » … Cultivés à l’extrême, / Ils peuvent citer leurs propres œuvres des heures durant / Sans en omettre une syllabe. »

Et pour conclure, revenons au début : « Il y a les Femmes d’Intérieur … / Ce sont les pires / Chaque instant est ficelé de Bonheur … » et d’autres « Elles me conseillent de prendre, comme elles, les choses / du Bon Côté, / Ah, que deviendraient-elles si elles venaient à perdre leur sens de l’humour ?... / Et moi qui brûle de les étrangler !... / N’importe quel jury m’acquitterait. ». Je pense que vous avez saisi le principe.


C'est une lecture que je recommande pour peu que vous aimiez les textes piquants et délicieusement mordants

Je hais les Etudiants :
Ils sont toujours dans mes pattes …