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Girl meets boy – Ali Smith

Girl meets boy – Ali Smith
Canongate Books, 2007, 164 pages


Let me tell you about when I was a girl, our grandfather says.”

Ce roman est rattaché à une collection de Canongate où des écrivains sont invités à réécrire des mythes et à les transposer dans le monde contemporain, selon l’idée que les mythes sont universels et intemporels, qu’ils reflètent et modèlent nos vies en explorant nos désirs, nos peurs, … Ils nous rappellent ce que signifie être humain.

Ali Smith a choisi d’interpréter une des histoires des Métamorphosesd’Ovide, celle d’Iphis et Iante, relative à la sexualité. S’il semble que dans Les Métamorphoses, la transformation d’un des personnages leur permet de former un couple « classique » et donc avalisé par la société, Ali Smith, elle-même lesbienne, en profite pour parler avant tout d’amour, que ce dernier soit partagé par un homme et une femme ou par deux femmes. Si elle inclut un brin de fantaisie comme on peut le constater notamment dans la première phrase, mais aussi en usant de jeux de mots, globalement elle s’en tient à la réalité. En tout état de cause, une transformation peut se concrétiser simplement en modifiant sa tenue vestimentaire, certaines personnes ayant naturellement un physique androgyne, et en entretenant une ambiguïté sexuelle.
Le titre prend une autre dimension car sa double signification apparaît dès lors pleinement, et l’on comprend qu’il ait été laissé tel quel pour la version française.

En parallèle de l’histoire d’amour, l’auteur explore le monde moderne sous plusieurs aspects. Le plus logique est lié à mes propos précédents et concerne la place des femmes dans la société. L’autre versant, bien qu’intéressant, m’a semblé moyennement convaincant. Toujours dans l’idée d’apporter un regard critique sur la société, Smith s’attaque à un problème environnemental et à sa récupération par des entreprises qui tirent leur chiffre d’affaires de la manipulation des foules (en l’occurrence, il s’agit de vendre de l’eau en bouteille).
Malheureusement, ces deux voies ne m’ont pas paru très bien articulées. La 4ème indique que l’auteur joue sur l’idée de fluidité. En effet, l’eau à l’état liquide n’a pas de forme définie ; en outre, elle peut se trouver à l’état solide et gazeux – fin du rappel du cours de chimie – elle est donc un élément qui peut subir des métamorphoses). Mais une certaine forme de « fluidité » (en particulier celle inhérente à l’amour avec un grand A) ne peut être mise en bouteille et vendue. A la lecture, ce rapprochement ne saute pas aux yeux et on a l’impression, au contraire, de lire une double-histoire qui pourrait donner lieu à deux livres indépendants.

Hormis cette réserve et après un début un peu chaotique, je me suis laissée emportée dans cette histoire mettant en scène deux sœurs, Anthea, l’idéaliste, et Imogen, alias Midge, la « raisonnable », ainsi qu’un être sexuellement ambivalent nommé Robin, prénom mixte en anglais.
En effet, Ali Smith a construit son roman de façon à ce que le lecteur ait envie de savoir où elle veut en venir et comment elle va mener à bien son affaire. Elle joue avec la réalité et le rêve. Si le second est plus beau que la première, il reste possible pour chacun de trouver sa voie dans la vie, ou plutôt de se révéler, de se métamorphoser. Ali Smith semble nous dire que c’est la peur de se démarquer en faisant valoir ses propres valeurs, son éthique, ses croyances qui nous enferme dans des rôles que nous portons comme des costumes mal taillés.

Right, Grandad, I said.”