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Entretien avec Pierre Soulages – Charles Juliet

Entretien avec Pierre Soulages – Charles Juliet
L’Échoppe, 1990, 40 pages


A lire les journaux de Charles Juliet, on finit par vouloir en savoir plus sur de nombreux écrivains et artistes. Pierre Soulages est de ceux-là. Ce livre fut ouvert dans l'idée de mieux cerner son approche artistique, de savoir ce qui l’habitait, d'avoir des clefs pour comprendre son œuvre singulière.

« Je n’ai jamais voulu dépeindre, mais peindre. »


Soulages est connu pour son usage de la couleur noire. On pourrait penser que cela le limite, ce que dément vigoureusement le peintre. Comme Soulages l’explique, le noir n’est pas une couleur aussi uniforme que l’on veut bien le croire et, grâce à divers effets, il est possible de donner un relief a priori inattendu à une peinture. Il étonne en faisant référence à la lumière qui naît du noir selon la façon dont on a travaillé la couleur. Ce rapport entre noir et lumière fait penser, au-delà de ses peintures, au travail qu'il a réalisé à Conques avec les vitraux de l'abbatiale.
On prend également conscience qu’il est impossible de se faire une idée de ses toiles à partir de photos puisque Soulages donne une grande importance à la façon dont le spectateur se place par rapport à la toile. Ses réflexions sur l’organisation de la toile sont passionnantes et éclairantes.

« Selon la lumière reçue, le lieu d’où l’on regarde, certaines surfaces claires passent au sombre et réciproquement, mais toujours dans un même ordre ou un même désordre propre à chaque tableau. […] … la peinture naît sous le regard, au moment même du regard. »


Soulages considère que le spectateur est l’interprète de la toile, d’où son intérêt pour la réception de ses œuvres à l’étranger.
Il ne cherche pas à transmettre de message, ni une émotion qui lui serait propre. C’est à chacun de ré-inventer l’œuvre qu’il a sous les yeux.


De son côté, nous dit-il : « … ce qui m’importe vraiment, c’est de vivre ma peinture comme une aventure toujours ouverte. », mais aussi : « l’artiste […] va vers ce qu’il ne connaît pas, par des chemins qu’il ignore. »

Ce très court livre est un concentré de réflexion artistique. Comme tout artiste, Soulages y développe sa singularité et nous présente sa philosophie sans prétention ni dogmatisme. Il vit son art avec sérénité, loin de la figure de l'artiste maudit.