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Autoportrait de l’auteur en coureur de fond – Haruki Murakami

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond – Haruki Murakami
(Hashiru koto ni tsuite kataru toki ni boku no kataru koto, 2007)
10/18, 2011, 220 pages
Traduction de Hélène Morita


Avant toute chose, précisons que ce livre n’est pas un roman. Aussi l’écriture de Murakami est-elle différente de celle que l’on rencontre dans ses œuvres de fiction antérieures. 

Murakami a rédigé ce récit par périodes, au fil de son inspiration, en fonction de ce qu'il avait à dire ; il en ressort une véritable réflexion sur la vie, sur ce que nous sommes, ce à quoi nous aspirons, etc. La version anglaise a pour titre, What I Talk About When I Talk About Running, sur le modèle d'un recueil de nouvelles de Raymond Carver (What We Talk About When We Talk About Love). Et ce titre est tout à fait adapté à la forme et au fond du récit.

En nous faisant partager son expérience de la course et les réflexions qu’elle lui inspire, Murakami a écrit un texte qui pourrait être qualifié, sous certains aspects, de philosophique. En effet, ce récit a beau être personnel, il n’en a pas moins une portée universelle. Il m’a d’autant plus touchée que je me suis reconnue parfois dans le portrait de l’auteur, mais surtout dans ses interrogations, ses idéaux, ses convictions.

Ce récit qui se lit très vite est pourtant dense. Même si l’auteur y évoque avant tout sa pratique de la course, il la met en relation avec son travail d’écrivain mais aussi avec sa propre personne. A travers cet écrit, il nous révèle la profondeur de son être. Même si l’œuvre fictionnelle de Murakami ne vous intéresse pas plus que ça, l’écrivain, en tant qu’être humain, vaut la peine d'être connu. 


Peu importe que vous soyez ou pas amateur de course à pied, ce n'est pas un frein au plaisir de lecture. En effet, si Murakami part de cette expérience (qui est, certes, le fil conducteur du livre même si l’auteur rappelle qu’à un certain point il a pris conscience que son entraînement ne devait pas prendre le pas sur son métier), il en tire des leçons qui dépassent largement ce cadre. Ce récit nous parle de la vie, tout simplement. Comment se dépasser en général, se donner des objectifs et les moyens de les atteindre, accepter le processus de vieillissement, la douleur, etc. Il nous ramène finalement au célèbre « Connais-toi toi-même », la course ayant permis à l’auteur de mieux prendre la mesure de son être. Et ses retours d’expérience sont définitivement passionnants. S’il semble les avoir notés pour lui-même, ils profitent également au lecteur. Murakami ne prétend pas révolutionner nos vies par ses réflexions, sa seule ambition semblant être, au-delà d’une mise à plat destinée à sa propre personne, de partager. C’est le sentiment qui m’a le plus marquée au cours de ma lecture, cette sensation de dialogue entre l’auteur et son lecteur, entre deux êtres humains, égaux.

Ce récit est véritablement une réussite et je suis reconnaissante à l’écrivain d’avoir écrit sur l’homme.


« Voilà ce qu’à ce jour je voulais dire. »